Pr Marcel Chatel (neuropsychiatre) : "L'hypnothérapie fait partie des thérapies brèves"

RelaxNews - jeudi 25 septembre 2014 - 12:04

Pr Marcel Chatel (neuropsychiatre) : "L'hypnothérapie fait partie des thérapies brèves"


Jusqu'au 27 septembre, médecins généralistes et spécialistes assisteront aux Entretiens de Bichat à Paris, pour faire un état des lieux de la santé d'aujourd'hui. Nouvelle pratique qui se généralise, l'hypnose aura droit à un colloque mené par le Professeur Marcel Chatel, neuropsychiatre, expert sur le sujet. En quoi consiste l'hypnose médicale ? Réponses. 

Comment définiriez-vous l'hypnose ? Est-elle différente de la pratique imaginée par le grand public ?
L'hypnose est un état fonctionnel cérébral qu'il est classique de qualifier "d'Etat Modifié de Conscience". La définition de l'hypnose n'est jamais complète car les états hypnotiques sont variables suivant le contexte : consultation, salle de soins d'urgence, hospitalisation, hypnoanalgésie, hypnothérapie. Etre totalement concentré et absorbé dans un film au cinéma, absorbé dans un jeu vidéo, conduire sans y penser sont des expériences de vie courante où le fonctionnement cérébral est de type hypnotique, et de tels états apparaissent dans de nombreuses circonstances de la vie où l'attention se focalise sur un objet, une action et où tout le reste de l'environnement échappe à la perception consciente. Le temps se dissout. 
En quoi consiste l'hypnose ?
L'hypnose est tout sauf un sommeil, la personne entend et peut répondre aux questions. Elle reste totalement autonome de ses actes, mais cet état modifié permet à la personne guidée par le thérapeute de trouver en elle-même les ressources personnelles qui lui permettront de résoudre le problème justifiant sa demande d'aide. La plupart des patients se rappellent de ce qui a été dit et suggéré. L'hypnothérapie depuis Milton Erickson, et toutes les psychothérapies qui en ont dérivé se fondent sur la richesse des ressources de la personne et la capacité qu'elle a de les mettre en œuvre pour résoudre son problème. En hypnothérapie, il n'y a pas de recherche du pourquoi, il y a mal-être, souffrance, symptôme, mais du "comment" activer les ressources permettant de les faire disparaître. Le talent du thérapeute est dans ce "comment".
Comment se déroule une séance d'hypnose ?
La session qui dure de 30 à 60 minutes en hypnothérapie, (plus brève ou plus prolongée en hypnoanalgésie, suivant le type d'acte pratiqué et les circonstances) comporte - une fois posés le diagnostic, la confirmation de l'indication psychothérapeutique, l'objectif à atteindre -, une phase d'induction de l'état d'hypnose, souvent de type conversationnel suivi d'une phase d'intervention thérapeutique. Il n'y a bien entendu strictement aucune place à une induction autoritaire comme dans l'hypnose de spectacle qui relève d'un tout autre processus relationnel. Le nombre de séances varie selon le type de problème et l'évaluation des résultats des premières séances par l'hypnotiste et par le patient. En principe, l'hypnothérapie fait partie des thérapies brèves, nécessitant entre 3 et 10 séances.
Dans quel(s) cas et pour soigner quels symptômes, l'hypnose est-elle pratiquée ? 
En hypnose médicale, il faut donc distinguer l'hypnoanalgésie et hypnosédation qui rassemblent toutes les indications pour gestes ou investigations comportant stress ou douleurs : endoscopies, prélèvements biopsiques, interventions localisées, soins itératifs douloureux (grands brûlés, soins palliatifs, chimiothérapies, accouchements, urgences traumatiques....). Il y a aussi l'hypnothérapie qui peut être prescrite dans de nombreuses indications de pathologies psychiatriques. Les plus fréquentes sont l'anxiété et les phobies (agoraphobie, claustrophobie, acrophobie), le stress. Ajoutons les traumatismes émotionnels, avec les syndromes post-traumatiques (accident violent, incendie de domicile, agressions sexuelles). L'hypnose peut aussi intervenir pour des comportements addictifs (alcool, tabac, alimentation), des habitudes compulsives (tiraillement de cheveux, tics), la dépression, et enfin l'annonce et le suivi de diagnostic de maladie grave.
Certains parlent de l'hypnose pour accompagner un patient dans un régime. Qu'en pensez-vous ? Peut-il vraiment y avoir des effets ?
L'accompagnement de régime alimentaire est une bonne indication, dans des troubles du comportement tant de type boulimique qu'anorexique. Les résultats sont confirmés dans des études récentes. Un point essentiel doit être souligné : un hypnotiste est engagé sur une charte d'éthique qui stipule qu'il ne doit prendre en charge que les domaines de sa compétence professionnelle initiale : un chirurgien-dentiste utilise l'hypnose pour calmer l'appréhension du geste et la douleur, un psychologue pour les troubles psychologiques, etc.


Publi-information