Surveillance médico-professionnelle des travailleurs postés et/ou de nuit (SFMT)

Décembre 2017

La recommandation de bonne pratique sur « la surveillance médico-professionnelle des travailleurs postés et/ou de nuit », un document de synthèse réalisé par la Société Française de Médecine du Travail (SFMT) a reçu le label HAS en mai 2012.

Elle présente aux médecins et professionnels de santé les éléments et outils de surveillance médicale nécessaires à la prise en charge des risques médicaux spécifiques liés au travail posté et/ou de nuit, ainsi qu'un ensemble de mesures et contre-mesures appropriées pour la prévention des risques spécifiques liés au travail posté et/ou de nuit.



Objectifs des recommandations


Cette recommandation de bonne pratique, réalisée par la SFMT en collaboration avec plusieurs sociétés savantes, s'adresse :
  • Aux travailleurs postés de nuit.
  • Aux professionnels de santé (en premier lie les médecins), amenés à traiter ces patients.

Elle a pour objectif :
  • D'identifier les risques médicaux spécifiques liés au travail posté et/ou de nuit,
  • de proposer des mesures de prévention adaptées à ces risques,
  • de proposer des supports pour la surveillance médicale de ces travailleurs.


Elle a également vocation, selon la SFMT, à permettre de mieux définir le contenu des visites médicales obligatoires en santé au travail réalisées 2 fois par an.

Définitions

Travail posté


La SFMT rappelle la définition du travail posté, telle qu'elle est présentée dans la directive européenne 93/104/CE, complétée par la directive 2003/88/CE.

Ce terme correspond à « tout mode d'organisation du travail en équipe selon lequel des travailleurs sont occupés successivement sur les mêmes postes de travail, selon un certain rythme, y compris le rythme rotatif, et qui peut être de type continu ou discontinu, entraînant pour les travailleurs la nécessité d'accomplir un travail à des heures différentes sur une période donnée de jours ou de semaines »

Travail de nuit


La SFMT indique que selon l'article L 3122-29 du Code du travail, le travail de nuit correspond à « tout travail accompli entre 21 heures et 6 heures, sauf dispositions particulières dans certaines branches professionnelles ou pour certains métiers »

Troubles du sommeil, de la vigilance et risques accidentels liés au travail posté et/ou de nuit

Eléments de surveillance clinique



Privation de sommeil et risques de somnolence


D'après la SFMT, le travail posté et/ou de nuit peut être associé à :
  • une diminution du temps de sommeil total par 24 heures (de l'ordre de 1 à 2 heures par 24 heures) pouvant aboutir avec le temps à une privation chronique de sommeil.
  • une augmentation du risque de somnolence durant la période d'éveil.


La SFMT recommande donc aux professionnels de santé :
  • D'interroger spécifiquement les travailleurs postés et/ou de nuit sur leur temps de sommeil au cours des 24 heures lors des périodes de travail (dépistage d'un temps de sommeil insuffisant, < à 6 heures/24 heures, ou d'une privation chronique de sommeil).
  • De dépister chez ces travailleurs la présence de somnolence pendant leur période d'éveil et d'explorer des troubles du sommeil associés à ces troubles de la vigilance.
  • D'informer les travailleurs qu'un temps de sommeil quotidien supérieur à 7 heures par 24 heures et une bonne hygiène de sommeil sont recommandés pour faciliter l'adaptation au travail posté et/ou de nuit.

Risques d'augmentation d'accidents de la circulation


Selon la SFMT, le travail posté et/ou de nuit peut être associé à un risque augmenté d'accidents et de quasi-accidents de la circulation.

Dans le cadre de la prise en charge de ce risque, elle fournit les recommandations suivantes :
  • Informer individuellement (ex : remise d'une information écrite) ou collectivement (via le CHSCT), les travailleurs du risque accidentel lié au travail posté et/ou de nuit.
  • Interroger les travailleurs postés et/ou de nuit sur leur chronotype, en posant les questions suivantes lors de la 1èrevisite médicale :

- Etes-vous « du matin » ou « du soir » ?
- Etes-vous court (< 6 heures) ou long (>9 heures) dormeur ?

Outils de surveillance


D'après la recommandation de la SFMT :
  • L'agenda du sommeil est l'outil recommandé en 1ère intention dans le suivi des travailleurs postés et/ou de nuit (voir annexe 6, page 36 du document).
  • L'utilisation de l'échelle d'Epworth (ESS) -une des trois échelles permettant d'évaluer la somnolence au cours de la période de veille- est à privilégier pour l'évaluation de la somnolence habituelle de ces travailleurs (voir ci-dessous).

centre
  • Lors d'un suivi spécialisé des troubles du sommeil et de la vigilance, l'actimétrie (examen du rythme veille-sommeil en ambulatoire) est indiqué en seconde intenation.

Mesures de prévention des troubles du sommeil et de la vigilance liés au travail posté et/ou de nuit

Recommandations concernent l'organisation du travail posté et/ou de nuit


Pour limiter les troubles du sommeil et de la vigilance, les recommandations de la SFMT sont les suivantes :
  • Privilégier les rotations en sens horaires (matin / après-midi / nuit) en préférant les rythmes de rotations intermédiaires de l'ordre de 4 à 5 jours.
  • Lorsqu'une régularité des horaires et des rythmes de travail est possible, elle doit être préférée.

Mesures de prévention des troubles du sommeil et de la vigilance


La SFMT recommande les mesures suivantes pour prévenir les troubles du sommeil et de la vigilance, ou diminuer la somnolence chez les travailleurs postés et/ou de nuit :
  • Exposition à la lumière avant et/ou au début de chaque poste, pour faciliter l'adaptation au travail posté et/ou de nuit.
  • Consommation de caféine (psychostimulant). Une prise unique de caféine (une tasse de café) en début de poste peut améliorer la vigilance au travail.
  • Une sieste d'une durée inférieure à 30 minutes est recommandée, avant la prise de poste ou au cours des pauses durant le travail/

Risques observés chez la femme exerçant un travail posté et/ou de nuit

Risques de cancer du sein


D'après le document, le travail posté et/ou de nuit peut être un facteur de risque pour le cancer du sein, indépendamment de la présence ou non d'autres autres facteurs de risque connus.
La SFMT recommande aux médecins et autres professionnels de santé :
  • D'informer les femmes sur le fait que le travail posté et/ou de nuit est un facteur de risque probable pour le cancer du sein, ne justifiant toutefois pas de dépistage spécifique.
  • De s'assurer ce que les femmes en travail posté et/ou de nuit bénéficient d'un suivi gynécologique annuel.
  • D'adresser (le cas échéant) pour une consultation de gynécologie les femmes en travail posté et/ou de nuit à partir d'une durée d'exposition de 5 ans.
  • Dee remplir une attestation d'exposition au travail posté et/ou de nuit.

Risques au cours de la grossesse


D'après la SFMT, le travail posté et/ou de nuit peut être associé à une augmentation modérée du risque :
  • d'avortements spontanés.
  • d'accouchements prématurés.
  • de retard de croissance intra-utérin.


En conséquence, elle recommande :
  • D'informer les femmes des éventuels risques au cours de la grossesse pouvant être liés au travail posté et/ou de nuit.

Autres troubles associés au travail posté et/ou de nuit

Troubles cardiovasculaires, nutritionnels et métaboliques


La SFMT indique que le travail posté et/ou de nuit peut être associé à une augmentation modérée du risque :
  • de maladies cardiovasculaires.
  • de l'indice de masse corporelle.
  • d'hypertension artérielle (HTA).
  • de perturbations du bilan lipidique (NP 3).

Elle recommande aux médecins :
  • De mesurer le poids et sa distribution (tour de taille, calcul de l'indice de masse corporelle) à la 1ère visite médicale (puis annuellement),
  • de surveiller la tension artérielle lors de chaque visite médicale,
  • de s'assurer que les travailleurs postés et/ou de nuit bénéficient d'un bilan lipidique périodique et d'un dépistage du diabète de type 2 en fonction des autres facteurs de risque associés.
  • de les interroger sur leur mode de consommations alimentaires, et sur la pratique d'une activité physique.
  • de les informer de l'importance de conserver 3 repas par 24 heures, selon les conseils du PNNS.

Troubles digestifs


D'après cette recommandation, le travail posté/ ou de nuit peut être associé à une augmentation modérée du risque d'ulcère gastrique et de symptômes digestifs.
La SFMT recommande aux médecins :
  • D'interroger de façon régulière les travailleurs sur l'apparition de symptômes digestifs,
  • de rechercher des signes cliniques évocateurs d'un syndrome ulcéreux lors des visites médicales en santé au travail.

Troubles psychiatriques


Enfin, les travailleurs postés et/ou de nuit seraient plus sujets à la dépression et/ou à l'anxiété.

La SFMT recommande aux médecins traitants de rechercher lors des visites médicales des symptômes dépressifs et/ou anxieux chez ces travailleurs. L'échelle de dépression HAD peut être utilisée dans le cadre de ce dépistage (annexe 9, page 42 du document).

Source


Surveillance médico-professionnelle des travailleurs postés et/ou de nuit, Recommandation de Bonne Pratique (PDF), Société Française de Médecine du Travail

Crédit photo : Istockphoto | © Martin Novak

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