Quelle place pour les benzodiazépines dans l'insomnie ? (HAS)

Octobre 2017


La Haute Autorité de Santé a récemment publié un document de « Bon usage du médicament » dédié aux benzodiazépines et molécules apparentées. Bien que ces hypnotiques facilitent le sommeil, ils ne résolvent pas les causes de l'insomnie et peuvent provoquer de graves effets indésirables.

Quels sont les médicaments concernés ?

La HAS commence par lister les 5 benzodiazépines et les 2 molécules apparentées : Estazolam, Loprazolam, Lormétazépam, Nitrazépam, Témazépam, Zolpidem et Zopiclone. Elle rappelle que la prescription ne peut pas excéder 4 semaines, et qu'elle n'est pas renouvelable.

Quand peut-on prescrire un hypnotique ?

Avant toute chose, la HAS préconise de s'assurer que les règles d'hygiène du sommeil sont bien respectées : le respect de ces règles peut suffire à retrouver le sommeil en cas d'insomnie. Elle en liste six, parmi lesquelles : dormir selon les besoins mais pas plus, adopter un horaire de lever et de coucher régulier, éviter les repas gras et copieux le soir.
Si les règles d'hygiène du sommeil sont insuffisantes, la HAS recommande la prescription d'un hypnotique uniquement dans une stratégie à court terme, et sans cumuler plusieurs médicaments à effet sédatif en raison de potentiels graves effets indésirables. D'après la HAS, le médicament est à choisir selon plusieurs critères individuels comme le profil d'insomnie du patient, son état physiologique, les éventuelles interactions médicamenteuses, le délai et la durée d'action du produit. Il convient d'informer le patient des conditions de traitement et des précautions à prendre. Le changement de traitement n'est justifié qu'en cas d'effets indésirables. La HAS recommande une seconde consultation à l'issue de la durée de prescription. Un traitement non pharmacologique (thérapie cognitivo-comportementale) est envisageable si la situation se prolonge au-delà de plusieurs semaines. La HAS met en garde les professionnels de santé et précise qu'aucun médicament n'est indiqué dans le traitement de l'insomnie chronique. De plus, les hypnotiques comportent des risques de dépendance, et peuvent être un facteur d'entretien de l'insomnie.

Comment arrêter un traitement ?

La HAS préconise un arrêt progressif du traitement, sur plusieurs semaines ou plusieurs mois. Une diminution de la posologie doit déjà être considérée comme un résultat favorable. En cas d'échec, la HAS invite les professionnels de santé à encourager le patient à recommencer, non sans avoir évalué les raisons de l'échec. La HAS insiste également sur les mesures non médicamenteuses, celles-ci pouvant être prolongées.

Six erreurs à éviter

D'après les recommandations de la HAS, six erreurs sont à ne pas commettre : prescription systématique d'un hypnotique, méconnaissance d'un trouble psychiatrique à l'origine du trouble du sommeil, négligence d'un symptôme mettant en évidence une apnée du sommeil, association de plusieurs médicaments, reconduction du traitement sans évaluation, et arrêt brutal du traitement.

Le cas particulier du sujet âgé

La HAS indique que plusieurs paramètres sont à prendre en compte, dont les modifications du sommeil liées à l'âge, les conséquences diurnes de l'insomnie plus marquées, et un métabolisme moins performant. Chez le sujet âgé, la prise en charge de l'insomnie doit promouvoir l'éveil diurne, la pratique d'activités physiques ou intellectuelles, et un rythme de sommeil régulier avec un horaire de coucher retardé. Selon la HAS, il convient de privilégier les traitements non pharmacologiques, sachant que la prise d'un hypnotique expose à des risques de chutes et de complications. Chez les sujets âgés prenant des hypnotiques depuis longtemps, l'éventuelle interruption d'un traitement est à évaluer soigneusement.

Données cliniques générales

Efficacité

D'après la HAS, la quantité d'effet est faible : une heure de sommeil gagnée par nuit, sur de courtes périodes. L'efficacité à long terme n'a pas encore été démontrée.

Effets indésirables

Trouble de la mémoire, baisse de la vigilance, troubles du comportement et risques de chutes sont les principaux effets indésirables des benzodiazépines et molécules apparentées. La consommation de benzodiazépines peut également être associée à des risques de survenue de démence (Alzheimer). La HAS note également la possibilité de développer une tolérance pharmacologique, ainsi qu'une dépendance psychique et physique.

Intérêt clinique

Selon la HAS, le service médical rendu (SMR) par les benzodiazépines et molécules apparentées est faible dans le traitement de l'insomnie occasionnelle et de l'insomnie transitoire.

Source

Quelle place pour les benzodiazépines dans l'insomnie ?, Haute Autorité de Santé (PDF).

Crédits photo : © Vladimir Koletic - Fotolia.com

A voir également


Publi-information
Publié par p.horde.
Ce document intitulé « Quelle place pour les benzodiazépines dans l'insomnie ? (HAS) » issu de Journal des Femmes Santé (sante-medecine.journaldesfemmes.com) est soumis au droit d'auteur. Toute reproduction ou représentation totale ou partielle de ce site par quelque procédé que ce soit, sans autorisation expresse, est interdite. Sante-Medecine.net adhère aux principes de la charte « Health On the Net » (HONcode) destinée aux sites Web médicaux et de santé. Vérifiez ici.