Adolescent et dépression : repérage, diagnostic et prise en charge en soins de premier recours (HAS)

Septembre 2017


Dans le cadre de ses recommandations de bonnes pratiques (RBP), la HAS a publié un document visant à repérer plus rapidement la dépression chez l'adolescent, à améliorer l'accompagnement du patient et son orientation. Les recommandations développées dans le document reposent essentiellement sur des accords d'experts.

Spécificités de la prise en charge de l'adolescent

Caractéristiques psychologiques de l'adolescent

La HAS commence par rappeler que l'adolescence constitue la classe d'âge ayant le moins recours aux soins en cas de difficultés physiques. Une approche empathique doit être privilégiée, en considérant l'adolescent comme un individu singulier. La HAS recommande de respecter quatre phases lors d'une consultation : adolescent en présence des parents, adolescent seul, examen somatique, puis restitution à l'adolescent et à sa famille.

Contexte et entourage de l'adolescent

Pour mieux appréhender les symptômes, la HAS préconise de les placer dans un contexte à la fois synchronique et diachronique.
Doivent être pris en compte : le contexte scolaire, familial, culturel et social, les particularités développementales du patient, et la qualité de la relation thérapeutique. La HAS recommande également de définir la place de l'entourage en abordant la question de la confidentialité, en discutant avec l'adolescent, et en associant la famille de manière adaptée à l'âge du patient et à la relation intrafamiliale.

Repérage

Facteurs de risque et protecteurs

Selon la HAS, une attention particulière doit être portée aux facteurs de risque individuels et environnementaux de la dépression et du suicide. La HAS souligne toutefois que ces facteurs ne sont pas spécifiques à la dépression ou au suicide, et rappelle que la majorité des tentatives ne font pas suite à une dépression caractérisée.
Sont considérés comme à « haut risque » : les adolescents vivant en foyer, ayant affaire au système judiciaire, et/ou ayant été victimes de maltraitance. La HAS identifie par ailleurs des facteurs protecteurs de la dépression. Il s'agit principalement de signes positifs comme une bonne estime de soi, un soutien familial de qualité, et une pratique sportive récréative.

Signes de dépression ou de risque suicidaire

La HAS rappelle que l'adolescent présente généralement ses ressentis de façon indirecte, à travers son comportement ou des somatisations. La dépression caractérisée peut passer inaperçue, notamment en raison d'une confusion entre l'EDC et la crise d'adolescence normale. La HAS recommande de questionner l'adolescent pour rechercher des signes de dépression et un EDC sous-jacent. Une prochaine consultation doit être prévue avec l'adolescent, en adaptant le délai à la gravité des symptômes. La HAS préconise également de rechercher des signes d'alerte suicidaire. Il peut s'agir de signes de crise suicidaire (intentionnalité suicidaire ou autre signe transnosographique de crise suicidaire), d'une pathologie psychiatrique (dépression caractérisée, alcoolisation aiguë, prise de substances psychoactives, prise de risque incontrôlée), ou d'un contexte relationnel favorisant les sentiments de rejet et d'injustice (problèmes sentimentaux, situation d'exclusion, tensions chroniques dans la famille). Les questionnaires ADRS et TSTS-CAFARD peuvent être utiles pour aider au repérage.

Diagnostic et stratégie de soins

Diagnostic

La HAS indique que le diagnostic d'un EDC est clinique, et qu'il repose sur l'association de symptômes, d'une souffrance significative et d'un retentissement sur le fonctionnement. Une durée de 15 jours et un minimum de 5 symptômes comprenant un des 2 symptômes cardinaux sont les conditions retenues par la HAS pour diagnostiquer un EDC. Le diagnostic d'EDC est défini par la CIM-10 et le DSM-5. La HAS invite le médecin à distinguer l'EDC de la « dépressivité » normale.

Objectif de soins

D'après les accords d'experts, l'adolescent doit recevoir une aide pour donner du sens à ses symptômes, restaurer les liens avec ses proches et son environnement, et si nécessaire, pour s'intégrer dans un parcours de soins avec d'autres professionnels de santé.

Orientation vers un (pédo)psychiatre

Selon les recommandations de la HAS, l'adolescent peut être orienté vers un (pédo)psychiatre en présence d'au moins un de ces critères : diagnostic clair de gravité ou de complexité, difficultés de compréhension ou de prise en charge de la part du médecin, demande formulée par le patient ou son entourage. La HAS insiste sur la nécessité de la coordination entre le médecin et le (pédo)psychiatre.

Décision d'hospitalisation

La HAS préconise une hospitalisation d'emblée ou au cours de l'évolution dans les cas suivants : risque important de passage à l'acte, forme sévère avec symptômes psychotiques ou important retentissement fonctionnel et/ou somatique, insuffisance du suivi ambulatoire, contexte sociofamilial défavorable. Une évaluation par un (pédo)psychiatre est conseillée si l'hospitalisation est envisagée en dehors de l'urgence.
La HAS recommande le choix d'un lieu adapté : service de pédiatrie, de médecine, de psychiatrie adulte ou de psychiatrie infanto-juvénile.
Le médecin est invité à rester impliqué pendant et après l'hospitalisation.

Cas du refus de soins

Le refus de soins doit être qualifié dans le dossier du patient, selon les recommandations de la HAS. La HAS invite le médecin à se positionner comme défenseur de l'enfant si nécessaire, et rappelle qu'il est possible d'imposer les soins aux détenteurs de l'autorité parentale par une ordonnance de placement provisoire (CC art. 375.9) sur décision judiciaire.

Source

Manifestations dépressives à l'adolescence : repérage, diagnostic et prise en charge en soins de premier recours, Haute Autorité de Santé (PDF).

Crédits photo : © Alexander Raths - Fotolia.com

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Publié par p.horde.
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