Quelle prise en charge psychologique dans l'après-cancer ? (SFPO)

Juillet 2017

La Société Française de Psycho-Oncologie (SFPO) a publié en janvier 2013 des recommandations de bonne pratique concernant l'évaluation et la prise en charge psychologiques des patients en situation d'après-cancer. S'adressant aux médecins et équipes pluridisciplinaires impliqués dans le traitement et le suivi des patients, ce document liste les différentes séquelles liées à la maladie cancéreuse pouvant nécessiter un prise en charge psychologique, et fournit des recommandations en vue d'intégrer cet aspect au parcours de soins.


Introduction


Selon la Société Française de Psycho-Oncologie, l'après-cancer doit être appréhendé comme une phase de transition dans la mesure où :
  • Des séquelles physiques ou psychiques de la maladie et des traitements persistent chez plus de 50% des patients,
  • celles-ci se manifestent fréquemment dans un contexte d'espacement de la prise en charge hospitalière.

Après-cancer : séquelles physiques


Dans ses recommandations, la Société Française de Psycho-Oncologie rappelle que la prise en charge des symptômes physiques est indissociable de la prise en compte de l'état psychologique des patients.

Fatigue

  • La fatigue concerne 80% des patient dans l'après cancer : elle est sévère pour 17 à 38% d'entre eux.
  • Selon la SFPO, l'intervention du psycho-oncologue est recommandée si l'EVA fatigue est > à 6/10 ou si la fatigue a un impact sévère sur la vie quotidienne.

Douleur

  • La douleur est présente chez 30 à 50% des patients lors de la phase de surveillance.
  • Elle est d'intensité moyenne à fort pour 10 à 40% d'entre eux.


Selon la SFPO :
  • Un dépistage systématique de l'anxiété, de la dépression et des troubles cognitifs doit être réalisé devant toute douleur en phase de rémission.
  • L'intervention d'un psychologue ou d'un psychiatre est recommandée quand :


- La plainte douloureuse est complexe,
- la composante émotionnelle est au premier plan,
- un retentissement important sur la vie quotidienne ou la réinsertion est observé.

Image corporelle


D'après la SFPO, les transformations corporelles induites par la maladie et ses traitements (ex : modification de l'apparence, entrave à la mobilité) font partie des problèmes les plus régulièrement rencontrés par les patients en rémission d'un cancer, avec un impact sur la qualité de vie.
  • L'image corporelle évaluée lors du diagnostic est un prédicteur de l'image corporelle évaluée pour les trois années suivantes.
  • Des besoins d'accompagnement existent aussi bien chez les femmes que chez les hommes.

Troubles de la fonction sexuelle


Deux ans après le cancer, 65% des hommes et des femmes soulignent un impact important de la maladie sur leur vie sexuelle

Selon la SFPO :
  • La prise en compte de l'impact des séquelles s'avère indispensable pour l'amélioration de la qualité de vie physique et psychique.
  • L'information des patients sur les traitements et leurs effets secondaires (altération de la libido, modifications des rapports sexuels) est déterminante.

Infertilité


La SFPO rappelle que les taux d'infertilité induite par les traitements anticancéreux varie selon les types de cancers et de traitements reçus, et ce trouble a un poids particulièrement important dans l'après-cancer.

Parmi les constats de la SFPO :
  • L'accompagnement des patients, hommes ou femmes, dans l'accomplissement d'un projet parental ou le renoncement à celui-ci fait partie des besoins psychologiques de l'après-cancer.
  • Il est recommandé d'améliorer la communication sur les effets secondaires des traitements, même chez les patients les plus âgés, qui sont les moins informés sur les risques d'infertilité.

Troubles cognitifs


Selon la SFPO :
  • Les troubles cognitifs sont présents chez 15 à 50% des patients ayant été traités pour un cancer,
  • ils doivent être être systématiquement recherchés compte tenu de leurs répercussions sur leur qualité de la vie.

Troubles émotionnels et psychiatriques dans l'après-cancer


La SFPO rappelle que les troubles émotionnels sont fréquents dans l'après-cancer.

Elle indique par ailleurs que :
  • L'adaptation psychologique dépend des mécanismes d'ajustement des patients,
  • l'anxiété et les troubles anxieux sont fréquents,
  • certains symptômes post-traumatiques se manifestent par des sentiments d'isolement et de retrait relationnel,
  • certaines plaintes dépressives sont fréquentes à cette période de la maladie,
  • les besoins psychosociaux non satisfaits sont un facteur de risque majeur de la détresse psychologique de l'après-traitement.

Troubles psychiques de l'après-cancer et adhésion au suivi et à la compliance aux.
traitements au long cours


D'après la SFPO :
  • Le taux moyen de non-adhésion avec les thérapies anticancéreuses orales est de 21%,
  • la dépression est considérée comme un facteur de risque majeur de non-adhésion au traitement médical,
  • l'évaluation et la prise en charge de l'état de santé mental des patients peuvent aider à réduire le risque de non-adhésion thérapeutique.

Particularités de l'après-cancer chez l'enfant et l'adolescent


Voir en page 6-7 du document.

L'après-cancer et les proches


Voir en page 7 du document.

Efficacité des prises en charge psychologiques et psychiatriques dans l'après-cancer et modalités de leur application


Selon la SFPO :
  • L'efficacité des thérapies cognitives et comportementales est meilleure à court terme sur la détresse psychologique. Elle pourrait persister à long terme sur la qualité de vie.
  • L'efficacité des interventions psychologiques est démontrée dès lors que l'intensité de la détresse est élevée (anxiété et dépression).
  • Approches groupales : les mécanismes d'identification et la rencontre de patients et d'anciens patients peuvent soutenir l'ajustement psychosocial des patients dans l'après-cancer.
  • Les prises en charge psychothérapeutiques et psychiatriques permettent de réduire la détresse émotionnelle et d'améliorer la qualité de vie.

Recommandations


La synthèse des recommandations de la SFPO :
  • Évaluer régulièrement l'état psychologique des patients tout au long de la maladie : l'évaluation permet d'orienter les patients vers une évaluation psychologique ou psychiatrique spécialisée.
  • Cette évaluation systématique brève de l'état émotionnel fait partie de l'évaluation globale des besoins en soins de support. Modalités : questions ouvertes brèves et/ou utilisation d'une échelle d'évaluation émotionnelle (exemple : HADS).
  • Une évaluation non spécialisée est indispensable devant tout symptôme physique assez sévère pour impacter le quotidien (exemple : douleur, fatigue), ou fortement déterminé par les possibilités d'adaptation psychologique (ex : difficultés de l'image corporelle, troubles sexuels, troubles cognitifs).
  • Une évaluation spécialisée par un psychologue ou un psychiatre est nécessaire dans les cas suivants :

- Symptomatologie émotionnelle durable (ex : humeur dépressive),
- symptôme fonctionnel persistant (fatigue, douleur, etc.),
- plainte cognitive,
- difficulté familiale sévère ou difficulté de reprise des rôles sociaux et professionnels
  • L'anticipation des difficultés de l'après-cancer est nécessaire. Parmi les facteurs prédictifs connus :

- sexe féminin,
- âge < à 50 ans,
- séquelles physiques,
- isolement social, faible soutien social,
- faible niveau socio-économique, etc.
  • Des soins psychiques doivent être proposés en priorité aux patients dont le niveau de détresse et de souffrance psychologique est élevé.
  • Les prises en charge psychologiques peuvent être nécessaires dans le long terme.
  • La prise en charge globale est pluridisciplinaire et doit permettre l'intégration des soins psychiques au cœur des soins oncologiques.
  • La proposition d'une consultation psychologique doit être intégrée dans le dispositif du programme personnalisé de l'après-cancer.

Source


Quelle prise en charge psychologique dans l'après-cancer ? Recommandations de la Société Française de Psycho-Oncologie (SFPO).

Crédit photo : Sandor Kacso - Fotolia.com

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