Boulimie - Symptômes et traitement

Août 2016
La boulimie fait partie des troubles du comportement alimentaire (TCA) qui affectent particulièrement la population féminine jeune. Elle toucherait environ 3 à 4% des personnes de sexe féminin, entre 15 et 35 ans, soit 400.000 personnes environ en France. La boulimie n'est pas une simple prise alimentaire excessive, occasionnelle ou chronique, celle qui mène de nombreuses personnes à l'obésité. Il s'agit d'un trouble bien caractérisé, où le caractère impulsif et répétitif de la consommation d'aliments prédomine. Contrairement à ce que l'on croit parfois, le boulimique ressent rarement du plaisir quand il mange : il semble plutôt obéir à une injonction d'absorber la quantité maximale, quitte à s'en rendre malade.


Définition

La boulimie est un trouble des conduites alimentaires caractérisé par l'ingestion de quantités importantes d'aliments dans un temps très court (accès boulimique), une attitude compulsive vis-à-vis de la nourriture au moment de la crise (perte de contrôle), des actions visant à compenser l'ingestion frénétique de nourriture après la crise : vomissements provoqués, prise de laxatifs ou de diurétiques, hyperactivité physique et une obsession du contrôle pondéral (distorsion de la perception corporelle), et une faible estime de soi.

Incidence

On estime que la boulimie frappe 1% des individus (incidence à l'échelle d'une vie) et entre 1 et 3% des jeunes femmes. Les femmes sont dix fois plus concernées que les hommes. Comme l'anorexie, la boulimie peut donc être considérée comme une pathologie essentiellement féminine.

L'âge moyen d'apparition des premières crises boulimiques se situe entre 16 et 18 ans. Les femmes atteintes ont, en moyenne, un niveau social et intellectuel plutôt élevé. Mais toutes les classes socio-économiques sont concernées.

Causes

Comme l'anorexie, la boulimie possède une base héréditaire. Les travaux sur les jumeaux permettent d'estimer son héritabilité à 0,4-0,5. Une partie des gènes étudiés par les chercheurs sont aussi ceux de l'anorexie. La prise alimentaire, modérée chez les sujets normaux, serait déréglée en excès opposés chez les anorexiques et les boulimiques.

Mais il se peut que l'environnement joue un rôle majeur dans le déclenchement d'une mauvaise image de soi à la sortie de l'enfance. La boulimie est plus fréquente chez les enfants dont les parents sont absents ou en conflit permanent.

Les médecins ont observé chez certains patients boulimiques une faible activité de la sérotonine et de la noradrénaline. Ces deux molécules du cerveau sont associées à l'humeur. Les vomissements provoqués peuvent être accompagnés d'une montée des endorphines. Cette association est susceptible de produire une accoutumance, avec recherche de la réitération de cette expérience.

Symptômes

Pour caractériser une boulimie, il faut un épisode d'absorption anormale de nourriture sur un temps court (moins de deux heures en général) accompagné d'une absence de contrôle par le sujet. Ces crises surviennent une à trois fois par semaine au minimum, sur au moins trois mois. Elles sont suivies (mais pas nécessairement) de comportements compensatoires eux aussi excessifs, comme les vomissements provoqués, la prise de laxatifs, l'emploi de lavements, des périodes de jeûne, un exercice physique trop intense, etc.

Troubles associés

La boulimie est parfois associée à d'autres troubles du comportement (toxicophilie, kleptomanie, TOC). Elle peut aussi se développer en même temps que l'anorexie : on parle alors d'anorexie-boulimie. On note que les sujets sont souvent anxieux et irritables. La boulimie peut être associée au stress et à la dépression. Les troubles des règles sont fréquents (aménorrhée, dysménorrhée), d'autant que la pathologie survient le plus souvent à l'adolescence.

Ne pas confondre avec...

  • ...le syndrome de Klein-Levin, affection neurologique entraînant des dérèglements de la prise alimentaire ;
  • ...la dépression à hyperphagie, forme rare où le sujet dépressif compense son humeur noire par des prises alimentaires en excès ;
  • ...la personnalité borderline, dont les traits impulsifs peuvent se focaliser sur la nourriture ;
  • ...le syndrome du binge eating, où la compensation par vomissements, diurétiques et laxatifs n'est pas présente.

Évolution

Comme elle n'entraîne pas de carences (mais des déséquilibres), la boulimie n'est pas aussi grave que l'anorexie. L'issue n'en est presque jamais fatale. La récurrence des crises devient souvent plus modérée à mesure que le patient vieillit. Il existe des cas de rémissions spontanées. Inversement, la patiente peut évoluer vers une hyperphagie chronique. À la clef, l'obésité et ses complications associées : hypertension, hypercholestérolémie, pathologie cardiovasculaires, problèmes osseux...

Vidéo

Les précisions du docteur Pierrick Hordé :

Diagnostic

En dehors du tableau symptomatique ci-dessus, le diagnostic de la boulimie se fonde sur la fréquence du trouble (au moins deux fois par semaine et au moins pendant six mois) et des essais manifestes de contrôle du poids (mise en évidence par un poids inférieur à la normale). L'interrogatoire du médecin visera à écarter d'autres troubles apparentés à la boulimie (diagnostic différentiel) tels que l'anorexique mentale, l'hyperphagie (suralimentation observée chez les personnes obèses, anxieuses ou souffrant de certaines troubles psychiatriques), ou la consommation compulsive de boissons (ex : potomanie).

Complications

Les complications classiques de la boulimie sont notamment des troubles du cycle menstruel, des troubles du sommeil, l'apparition d'un diabète, une déshydratation, une œsophagite et des complications dentaires graves (liées aux vomissements) et enfin une dépression et une augmentation du risque de geste suicidaire.

Traitement

La prise en charge thérapeutique peut faire l'object de psychothérapies (individuelle, familiale, de groupe) et thérapies cognitives et comportementales et de prescription d'antidépresseurs sérotoninergiques dont l'action permet de traiter la dimension compulsive du trouble. Une prise en charge nutritionnelle et diététique (régime adapté, réalisation et tenue d'un carnet alimentaire) est généralement recommandée. L'hospitalisation est assez rare, elle peut intervenir en cas d'état dépressif important, de récidives d'accès boulimiques, ou en présence de désordres métaboliques importants. Le ou la patient(e) est alors orientée vers un service de nutrition.

Soigner la boulimie

Si elle n'est pas aussi grave que l'anorexie, la boulimie peut néanmoins avoir des conséquences néfastes du point de vue physiologique, médical, social, scolaire et professionnel. Il faut donc aider la personne boulimique à s'en sortir, surtout si elle est adolescente comme c'est majoritairement le cas pour les premières crises.

Rôle des parents

La boulimie apparaît le plus souvent au début de l'adolescence. C'est une période où il convient d'être particulièrement attentif au comportement de son enfant. Il ne faut pas raisonner comme si l'enfant « le faisait exprès » : la boulimie est une compulsion irrépressible, et non une provocation ou une simple faiblesse de la volonté. Même si c'est difficile, les parents doivent maintenir le dialogue avec leur enfant boulimique, et essayer de comprendre son mal-être, d'entendre éventuellement ses reproches. Ils doivent également en parler avec les frères et soeurs, qui peuvent être inquiets du fait de ce comportement nouveau, surtout s'ils sont plus jeunes. Si la crise dure, les parents doivent convaincre l'enfant de consulter le médecin et le psychologue. Il existe des associations rassemblant des personnes boulimiques et leurs familles : elles sont utiles pour traverser la crise et trouver des conseils pratiques.

Psychothérapies

La psychothérapie est une solution de choix pour vaincre la boulimie. Si le problème est fortement associé à des troubles dans la famille, une analyse familiale peut aider à trouver les solutions. La thérapie cognitive et comportementale (TCC) est celle qui donne les meilleurs résultats pour la boulimie. La TCC dure plusieurs mois au minimum. Le thérapeute aide la personne boulimique à y voir clair dans les schémas cognitifs guidant sa représentation du corps et de l'alimentation, et à mesurer leur caractère inapproprié. Les comportements caractéristiques du boulimique sont isolés et lentement combattus, afin de revenir à une prise alimentaire normale.

Médicaments

Il n'existe pas de médicaments spécifiquement dédiés à la boulimie. Lorsque le patient présente par ailleurs des symptômes de dépression ou d'anxiété, un traitement antidépresseur ou anxiolytique peut avoir des effets positifs sur la boulimie.

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